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CE QUE JAI VU À MOSCOU.
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Articles parus dans " le Journal " du 6 septembre au 6 octobre 1925. /// Henri Béraud avait obtenu des autorités soviétiques lautorisation de faire ce reportage et lattribution dun passeport frappé de la faucille et du marteau grâce à lintervention du maire de Lyon, Edouard Herriot, devenu président du Conseil à la suite de la victoire du Cartel des Gauches. De plus, les communistes soviétiques avaient une confiance idéologique envers Henri Béraud, homme de gauche, fils de prolétaires, connu pour la veine sociale de ses livres. Ils attendaient de lui certaine complaisance. Cétait omettre son indépendance et son attachement à la vérité des faits. « Plus dun million de Moscovites semblent condamnés à une vie de camp à la fois cruelle et morose, ne disposant dans les appartements que de dix mètres cubes par personne, car y vivent plusieurs familles ayant en commun cuisine et antichambre, sous lautorité dun soviet de maison. Conséquence : Chacun vit claquemuré dans une sorte de hargneux effroi. Dautant plus que la délation est partout : ce sont les Moscovites eux-mêmes qui apprennent aux étrangers à se taire. Où est donc légalité prônée par le régime ? Mendiants en loques, pouilleux et agressifs, magasins vides, salaires misérables, mais aussi privilégiés et profiteurs, noctambules hallucinés et fantômes de lancien régime. Il y a surtout les hauts fonctionnaires du régime, sortes de Templiers du Kremlin : près de 20.000 bureaucrates formant un véritable Ordre de la Religion Economique, qui exerce et perpétue la dictature du prolétariat sur le dos des prolétaires. [] ". « « Béraud dédia " Ce que jai vu à Moscou " à son ami [provisoire] Joseph Kessel (lui-même dorigine russe), en souvenir des jours dIrlande où nous luttions ensemble pour aider les plus pauvres révolutionnaires du monde à conquérir la liberté. Pour lU.R.S.S. comme pour lIrlande, il se voulait donc journaliste engagé, et engagé au nom de la liberté. Cest pourquoi il fit précéder son livre dune préface quil adressait aux ouvriers de France et aux ouvriers dEurope. Il était parti tout pénétré de préjugés favorables à la Russie soviétique. Mais il a considéré de son devoir décrire ce quil avait vu, et comme il lavait vu. Et il considérait maintenant de son devoir de ne pas laisser abuser les ouvriers et de dénoncer linsupportable déchéance matérielle et politique à laquelle était réduit le peuple russe. » (Jean Butin, pp. 114-117)
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