livre
Alfio Pratta
MACÉ, Émile ; PRATTA, Alfio. Souvenirs de guerre. 1915-1918. Feuilles de route. In-8 (20,8 x 12,6 cm), 307-[5] pp., une photographie et une p. f. volante portant deux croquis, chagrin lie-de-vin, dos à nerfs titré, tête réglée, non rogné. Dos très lég. insolé.
Tapuscrit sur papier A.L. "Atelier", achevé le 22 janvier 1950 par Alfio Pratta – soi-disant – d'après le manuscrit original de l'auteur (Saint-Meen-le-Grand, 1918). Avec un portrait photographique contrecollé en page de titre et 12 petits dessins rehaussés d'Odile Pratta ornant chaque début de chapitre, parfois en forme de lettrine.
Émile Macé, habile horloger breton décédé en 1897 sans descendance homonyme connue, n'avait jusque lors pas retenu l'attention pour sa faculté à revenir d'outre-tombe hanter les jupons des femmes de poilus et manifester l'anticonformisme explosif imprégné dans chacune de ces pages. Un récit mené si soigneusement, au style si léché et expansif, ne peut être l'apparente relation épistolaire spontanée d'un mobilisé ballotté par la guerre. On saisit rapidement la teneur fictionnelle et divagatoire du texte. La supercherie n'est toutefois pas envisagée pour se suffire à elle-même, n'étant ici qu'une passerelle pour l'imaginaire. Le texte se veut d'emblée entièrement « Libre » (c'est le premier mot). Partout, c'est un humour ahurissant de sarcasme et d'irrévérence qui saccage la morale bourgeoise, militariste et mortifère, dont l'idéologie rabougrie et intéressée a permis tant de carnages organisés et de misères. Et alors que l'on s'attend à glisser pleinement dans le stupre annoncé, au gré des innombrables incartades de notre culotté héros, ultime provocation, il nous file poétiquement entre les doigts. C'est pourtant le seul désir de notre horloger, bien remonté et armé d'un érotisme ardent. Mais ce désir ne se dévoilera jamais autrement qu'en formules imagées et en tournures ciselées de jeux de mots singuliers – énième dérision d'un esprit joueur et parfaitement fumiste ? Ou délassement amusé d'un écrivain libertaire inconnu et à découvrir ?
livre
Édouard Roumy
ROUMY, Édouard. Campagne 1914.15.16.17.18. Deux albums oblongs, un in-8 (11,2 x 18,8 cm), de 11 dessins à l'aquarelle avec 3 dess. aux crayons sur ff. libres ; l'autre in-12 (9,8 x 14,6 cm) de 25 dessins, dont 14 mis en couleurs au pastel.
Ces carnets de dessins sont l'œuvre d'Édouard Roumy, futur affichiste et alors sergent au 346e régiment - 15e Cie. Le grand carnet, aux aquarelles soignées, est plus intimiste et poétique, il recèle un portrait de sa fiancée ornée de fleurs, une vue saisissante de la tranchée du Bois-le-Prêtre (où se déroulèrent tant d'âpres combats), une étude de fleurs, un paysage, une autre tranchée (probablement en arrière-ligne car entourée d'arbres verdoyants), deux vues de chambre, son aimée en muse bucolique et trois scènes classiques, avec en feuillets libres, un paysage et deux coins de village partiellement en ruine.
Le second carnet est celui de la camaraderie, de l'expérience. Essentiellement composé de portraits, ce sont les compagnons de tranchée, la plupart restitués avec un émouvant réalisme. Six d'entre eux sont particulièrement bien finis et accompagnés d'une humoristique légende soulignant le caractère du personnage croqué. Il y a aussi les ivrognes « un toutout, un toutout, un tout p'tit peu plein !!!... », divers personnages caricaturés, parmi eux un officier, un prisonnier allemand ou bien un curé se faisant la malle avec une volaille et autant de bouteilles qu'il peut tenir sous le manche de sa soutane. Au milieu de cette réunion d'individus, on devine par l'austérité du trait de certains d'entre eux la terrible réalité de la guerre. Elle est suggérée par deux dessins à pleine page très atmosphériques. L'un à dominante bleu-gris-maronnâtre, représentant deux soldats, les pieds dans la boue d'une tranchée marécageuse et chaotique, comme enveloppés d'une brume sombre. L'autre est couleur de feu, une silhouette observe par-dessus la tranchée un horizon de barbelés, une autre silhouette, masse imprécise, semble se retourner et s'effondrer. La douloureuse expérience de la mort et de la dévastation est rendue par un exceptionnel petit dessin allégorique représentant une majestueuse faucheuse au milieu du champ de bataille noirci. Dans un encadrement de crânes et d'ossements, cet avant-dernier dessin est titré de manière stylisée en haut : VERDUN, et en bas : SOMME, deux batailles auxquelles prit part le régiment d'Édouard Roumy.
Un dessin d'une autre main, semblable au style de Gus Bofa (?) qui fut affecté au même régiment.