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DER BASLER TOTENTANZ / LA DANSE MACABRE DE BÂLE [Manuscrit]
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De la véritable Danse macabre de Bâle, il ne reste aujourdhui que des aquarelles et des gravures, les plus connues étant celles de Matthäus Merian (1593-1650). La fresque originale mesurait 60 mètres de long et se trouvait sur le mur intérieur du cimetière du monastère dominicain de Bâle. Attribuée à Konrad Witz (1400-v. 1445), elle aurait été peinte vers 1440 et jouissait d'une grande notoriété en Europe. Elle était dailleurs, jusqu'à sa destruction en 1806, lune des principales curiosités de la ville. Paul Henry Boerlin nous rappelle que les touristes effectuaient de véritables pèlerinages à Bâle pour la voir et ramenaient souvent chez eux des gravures, des copies ou des brochures consacrées à cette oeuvre. Les dessins présentés ici appartiennent sans doute à cette catégorie. Il est cependant très difficile de dire s'ils ont été composés d'après nature ou daprès une autre source, publiée par exemple. Une chose est certaine, la série suit strictement lordre de Merian: elle s'ouvre par le prédicateur haranguant la foule. En plus du traditionnel quatrain en allemand, le premier feuillet comporte chez nous trois lignes en français à la plume rajoutées postérieurement, disant: "Jean Oecolompade prêchant l'Evangile à l'Empereur Sigismond et Albert le roi des Romains pendant le Concile de Bâle qui dura 17 ans 1431-1442. Manuscrit peint par Daniel Romus le 3 may 1430" (sic). La série continue par deux squelettes jouant une musique endiablée devant un ossuaire. Viennent ensuite les représentations de 38 membres de la société, dont l'aveugle, l'ermite, la jeune femme, le fou, le héraut, le chevalier, le comte, l'évêque, le païen, le juif, le paysan, le cuisinier, le juriste, etc. Sur la vignette représentant le Pape, on peut lire en français: "Portrait de Félix V fait en 1440 et gravé par Mathieu en Merian en 1744 [sic] après la restauration faite en 1568 par Hugues Klauber". Sur celle de l'Empereur: "Portrait de l'Empereur Sigismond qui fit peindre à ses frais cette danse macabre d'après les procédés à l'huile découverts à Bruges par Van Dyck, il mourut pendant le Concile en 1437". Ces informations correspondent à celles données par Merian dans son recueil de gravures, quand il affirme que les figures du pape, de l'empereur et du roi représentaient les traits de Félix V (1439-1449), de Sigismond (mort en 1437) et du roi allemand Albrecht II (1438-1439). Détail important: les gravures de Matthäus Merian comprennent au total 42 scènes, alors que notre série n'en compte que 40: il manque en effet la vignette du peintre et celle de sa femme, à savoir les deux dernières de la danse macabre. Ces deux feuillets ont peut-être été perdus, mais leur absence peut aussi suggérer que le modèle utilisé est relativement ancien, les figures du peintre et de sa femme ayant été rajoutés en 1568 lors de la restauration menée par Hans Hug Klauber (v. 1535-1578). Nos aquarelles, aussi bien dans les traits que dans les couleurs, n'ont pas la précision de l'aquarelle de Johann Rudolf Feyerabend, ni même des gravures de Merian et présentent un caractère légèrement naïf qui trahit un peintre amateur. En outre, on constate que certains détails iconographiques s'écartent de Merian, comme la présence d'un décor à l'arrière-plan. Les "danses macabres" étaient des sujets très populaires dans l'Europe du XVe siècle. Elles avaient pour but de moraliser la vie publique et d'amener les individus à améliorer leur comportement. Elles sont généralement considérées comme une transposition imagée du poème en latin Vado Mori (littéralement "Je vais mourir"), que l'on trouve en France dès le XIIIe siècle. Chaque vignette représente la Mort, personnalisée sous la forme d'un squelette, dansant avec un membre de la société. Les scènes sont accompagnées de deux quatrains en allemand rapportant leur dialogue ironique. La farandole amène le mortel à se confesser rapidement, avouant ses péchés et laissant apparaître ses remords, avant de terminer sur une inéluctable demande d'absolution. La danse des morts est une condamnation sans appel de la vanité des hommes. Le dialogue illustre aussi parfaitement la difficulté qu'ont les vivants, attachés aux plaisirs terrestres et aux valeurs matérielles, de suivre les rituels prônés par l'église. Il rappelle aux croyants que personne, aussi beau, riche, puissant, ou intelligent soit-il, n'échappera à son destin: la mort. Ensemble absolument unique.(Ref. P. H. Boerlin, Der Basler Presiger-Totentanz, Unsere Kunstdenkmäler, JG. XVII (1966), n° 4, Bâle 1967, p. 131).
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