Tous les livres de Le Livre de jade
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AUTOGRAPH
Référence : LRB_054Juliette DROUET
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À VICTOR HUGODROUET (Juliette). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À VICTOR HUGO. 4 pages sur deux feuillets, 20 × 12,5 cm. « 7 8bre [1848 ?], samedi matin 8h. » Après l’élection de Victor Hugo comme représentant du peuple à l’Assemblée constituante, le spectre du communisme hante les rues de la capitale. « 7 8bre Samedi matin 8h Bonjour, mon bien aimé, bonjour, mon Toto, bonjour à pied et à cheval par devant et par derrière bonjour je t’aime et j’en ai le droit : vive la ghépublique et son plus aimable ghepésentant [sic]. J’espère qu’il ne te sera rien arrivé cette nuit et que tu n’auras rencontré aucun communiste dans ta route ? Je n’ai jamais aimé à te savoir vaguant à travers les rues la nuit et à présent encore moins. Il est vrai que ton quartier est moins suspect, sinon plus sûr que le mien, aussi j’espère qu’il ne te sera rien arrivé. Je le saurai tantôt. Il faudra que le diable s’en mêle si je n’arrive pas à l’heure aujourd’hui. Je ne veux pas le crier trop haut pour ne pas le piquer au jeu. Mais je serais bien vexée si je n’étais pas la première au rendez-vous. Dites donc vous je vous remercie vous m’avez donné 3F10. Je vous en rendrai le double en amour et en reconnaissance. J’espère que vous ne vous êtes pas trompé dans l’addition. Je m’en rapporte à vous d’abord. Tant pire [sic] pour votre conscience et votre avenir politique dans l’autre monde si vous m’avez flouée d’un centime dans celui-ci. En attendant je me fie à vous et je vous aime à corps perdu. Tâchez d’en faire autant pour moi-même et de ne pas me supposer capable de vous escroquer vos misérables philippes et moins encore vos donzelles républicaines. Sur ce baisez-moi et bissez-moi. Juliette » Publication en ligne : http://www.juliettedrouet.org/lettres/spip.php?page=article&id_article=5001#.YzFEFS3pPOQ.
1 200,00 €
AUTOGRAPH
Référence : LRB_055Juliette DROUET
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À VICTOR HUGODROUET (Juliette). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À VICTOR HUGO. 4 pages, 21 × 13 cm. « 12 avril [1849] Jeudi matin 10h. » Trace de trombone rouillé (absent) en haut du premier feuillet. Juliette se désole du caractère peu galant du rendez-vous donné par son amant, cerné par trente-neuf académiciens et des milliards de vibrions cholériques. « Plus je vois ma petite table et moins je veux vous la donner. Ceci est naïf mais rapace, je ne le cache pas, au contraire. D’ailleurs, je suis encore en cela et votre exemple et vos leçons, je ne peux pas choisir un meilleur et un plus charmant maître, voime, voime, voime. J’aurais pourtant mieux aimé aller avec vous à l’Assemblée. Il est vrai que pendant deux ou trois heures je n’aurais su que faire et que j’aurais été fort embarrassée de m’imposer tout ce temps chez la mère Sauvageot. Il est donc convenu que je serai au rendez-vous à 2h1/2. Quand on pense à ce que devrait contenir de bonnes et douces choses ce mot : rendez-vous dit par une femme à un homme et que le nôtre ne contient rien du tout que l’académie et les 39 barbons, qui en font le plus hideux ornement, c’est à désespérer les Juju futures qui se laisseront prendre par les Toto à venir et par des mots à double entente. En attendant j’irai à ce rendez-vous… creux, puisque rendez-vous il y a, mais rendez-vous la Justice d’avouer que ce n’est pas ainsi que vous vous êtes rendu le maître de mon cœur, de ma vie et de mon âme. Ceci dit, je vous recommande de nouveau et avec les plus tendres instances de ne pas faire d’imprudences et de prendre toutes les précautions contre tout ce qui peut développer le choléra. Mon Victor adoré garde bien ta vie qui est la mienne. Juliette » « Voime, voime : Le sens de cette expression reste obscur. Sa récurrence contextuelle laisse à penser qu’elle pourrait signifier “regarde-moi” (“vois me”), ou bien “ah oui vraiment”, entre “voui… voui…”, “mouais… mouais…” et notre actuel “wouaouh !”. » (Source : « glossaire » sur www.juliettedrouet.org.) Madame Sauvageot : « Amie de Juliette, cette marchande de nouveautés tient une boutique dans le quartier de la Madeleine. À l’époque où Hugo déménage rue de l’Isly en 1848, c’est dans sa boutique qu’ils se donnent rendez-vous. » (Source : « notices des personnes citées » sur www.juliettedrouet.org.) La pandémie de choléra fit, en 1849, une centaine de milliers de victimes en France (pour environ trente-six millions d’habitants). Publication en ligne : http://www.juliettedrouet.org/lettres/spip.php?page=article&id_article=5349#.YzFEaC3pPOQ.
1 400,00 €
AUTOGRAPH
Référence : LRB_032Louis ARAGON
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE [À PIERRE MAISON]ARAGON (Louis). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE [À PIERRE MAISON]. [Septembre 1915], 11 pages sur trois bifeuillets à en-tête du Grand Hôtel Bellevue et de la Plage, Étables (Côtes-du-Nord), 21 × 13,5 cm. Exceptionnelle très longue lettre intime, en 1915, l'année des dix-huit ans d’Aragon. Les témoignages de cette époque sur ce dernier sont d'une très grande rareté. Ce document, adressé à son ami d'enfance Pierre Maison, modèle initial du personnage d'Anicet, apporte un éclairage particulièrement précieux sur sa formation, sa sensibilité et ses préoccupations d'adolescent. Aragon, dans les « clés » d’Anicet — rédigées à l'intention de divers collectionneurs et bibliophiles ; le roman avait paru en 1921 —, écrivait notamment : « Dans l’abord, Anicet était, non l'auteur comme il le devint par la suite, mais mon ami Pierre Maison, qui venait de mourir pour la France, comme on dit (18 octobre 1918) » (Pléiade, Œuvres romanesques complètes, I, page 167) ; « Quant à Anicet, mettons que c'est moi et n'en parlons plus. Je rappelle qu'il était au début mon ami Pierre Maison, qui mourut en octobre 1918 au service de la France, dont il paraît qu'alors nous étions tous les domestiques » (id. page 172). Ce document a été étudié par Michel Apel-Muller dans « Aragon : jeunesse, genèse, 1915 et 1921 », article publié dans L'Humanité en février 2008 et disponible à l'adresse https://louisaragon-elsatriolet.fr/wp-content/uploads/sites/37/2013/04/Apel-Muller_Aragon_1915_1921.pdf. Il s’y trouve qualifié d'« immense lettre confidence », « éclair[ant] une relation que l'on ne connaissait jusqu'ici que par Anicet », celle avec l'« ami aimé et admiré » que fut Pierre Maison, « pilotis du personnage d'Anicet », mort de la grippe espagnole en 1918 après avoir survécu à la guerre. Cette lettre contient de plus une remarquable description poétique de paysage à laquelle se mêlent des réflexions, d'une maturité singulière, reflétant l'éclosion de la sensation du caractère irréversible du vieillissement et de la fuite du temps. On y lit même, sous la plume d’un Louis Aragon de dix-huit ans, ce qui peut apparaître comme une première version de « Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard ». Des passages entre crochets dans la transcription ci-dessous rétablissent quelques lettres manquantes — voir la fin de la présente notice. « Cher ami Quels remords ! Ne t'avoir pas écrit plutôt [sic] ! (Ne fais pas attention à l'écriture, j'ai une plume effroyable !) Je suis de plus cyniquement sans excuses : plusieurs pages de confusion ne suffiraient certes pas à réparer mes torts et par conséquent je m'abstiens de te les écrire, dans l'assurance où je suis que ta magnanimité consentira à m'absoudre. Donc avec l'absolution de tes benoîtes mains toutes de crottin parfumées, je passe à un autre chapitre, et je mets à la ligne. L'en-tête du papier t'apprend que je perche pour l'instant à l'Hôtel Bellevue, Étables, Côtes du Nord (c'est mon adresse). Si tu avais bon souvenir, tu t'étonnerais sans doute, mais je suis dans la plus absolue certitude que tu [ne] te rappelles pas le moins du monde le nom [du p]atelin pour où je t'avais dit partir. Mais [je] suis bête ! Tu dois déjà connaître pa[r Va]llet mes pérégrinations. Partis pour Villervill[e (C]alvados) [...] Coutrot, nous ne n[ous y p]lûmes pas (mince de parfait défini !), [et] filâmes (remince !) sur la Bretagne à [Er]quy (Côtes-du-[Nord) puis [?]] là pas plus qu'à Villerville nous ne [nous] plûmes. Ceci nous met au premier septembre, date depuis laquelle nous sommes ici, où (enfin !) nous nous plaisons. Tu as sans doute su par Vallet que j'ai eu, que nous avons eu, Tréfouël et moi le plaisir de le voir deux fois au cours de deux excursions en bécane. D'Alexandre pas de nouvelles, sauf par Vallet, mais des nouvelles de quinze jours. Tu dois en avoir. De Guéret des nouvelles : il est à Landerneau, mais te l'a sans doute écrit. Malheureusement j'ai bien des remords à son sujet : voilà presqu'un mois que je traîne dans ma poche une lettre inachevée à son intention ! D'Etevenon pas de nouvelles, bonnes nouvelles, n'est[-ce p]as ? Je lui ai écrit hier douze page[s] dans l'intention de déclancher [une] modeste réponse. Je ne sais [quelles [?]] délices perverses ont pu lui fair[e] oublier tout ici bas (tout ici bas, da[ns l']espèce, c'est moi), mais ce doivent être de[s] délices non pareilles à coup sûr ! et je ne sais s'il faut lui en vouloir ! (J'ai, n'est-ce pas ? quelque toupet de me demander ainsi devant toi, s'il faut en vouloir aux paresseux de la plume !) Oh ! Devine qui j'ai aperçu sur la plage d'Hennequeville à côté de Trouville ? Boisard en chapeau melon qui avait l'air de s'embêter ! Il ne m'a pas vu, je me suis sauvé de toute la vitesse de mes jambes ! J'ai rencontré ici des gens intelligents. Entre autres un jeune homme qui prépare le professorat de lettres à la Sorbonne : je crois qu'il veut écrire une thèse sur Nietzsche, ça ne manque pas de crânerie en ce moment ! Il était d'une conversation très séduisante, je dis : "était" car il est ma[lh]eureusement rentré hier à Paris. Nous avo[ns r]ompu des lances en faveur de la musique [al]lemande, et j'ai pensé à nos bonnes [disc]ussions d'autrefois. Le souvenir m'est rev[enu co]mme je défendais Wagner, du jour où nou[s avions] ensemble descendu le cours de la Seine en parlant du Vaisseau Fantôme, et les mots que tu me disais [a]lors, en objections, me remontaient à la bouche et j'en réfutais l'argumentation. C'est un peu avec toi que j'ai discuté ce soir là, revivant notre promenade d'un dimanche de printemps. T'en souviens-tu ? Il faisait beau, mais le soleil avait quelque chose d'indéfinissablement triste, et le printemps nouveau ressemblait à un automne. Quand nous nous sommes arrêtés, sur la berge, passé Javel, le soleil était déjà bas quoi qu'il ne fut [sic] pas encore cinq heures. Ses rayons déjà affaiblis et horizontaux arrivaient de derrière la colline lointaine où s'accrochent les maisons des bords de la Seine qui disparaissait rapidement en un coude. Malgré la masse vert sombre des arbres de la berge opposée, courbés sur l'eau courante, toute chose semblait couverte d'une imperceptible teinte de rouille : on eut [sic] dit l'emprise poussiéreuse sur la campagne de la grande ville toute prochaine. [Ici Aragon passe d'une encre noire à une encre bleue.] Sur l'eau rougie dont les touches sombres décelaient par ci, par là la profondeur, le long du bord, les pontons lavoirs, comme parsemés eux aussi d'une poussière de brique, s'échelonnaient jusqu'au tournant. Pas un passant en vue : l'activité humaine se révélait en tas de pierres posées au fond, en bel ordre. Une maison flanquée d'une cheminée d'usine et de quelques baraquements noirs dressait d'angle la silhouette imprévue de son toit marqué d'un ressaut. Et par derrière, dans une buée vespérale, s'étageaient les côteaux de Meudon, avec leurs bois recéleurs de tonnelles et de guinguettes. Ce paysage morne, animé du seul mouvement de la Seine, vit encore intensément dans ma mémoire. Je l'ai revu une fois depuis : c'était en allant te voir à Versailles. Du train, on aperçoit le coin, par delà la rangée des maisons et des usines. [Je] l'ai montré, fugitif, à Coutrot et à Vallet par la portière. Et nos fronts collés aux vitres, nous lisions les majuscules des réclames dont s'ornent les usines : le nom de Ripolin en lettres blanches, énormes, passa, et je me souvins que nous avions passé devant l'usine, ensemble, ce jour là. Puis le train fila. Meudon ! Ces côteaux, de là bas entrevus dans la brume, nous les avons gravis pour aller vers toi, en ce Versailles, où nous t'allions visiter un peu comme en exil, avec le sentiment de quelque étonnante anomalie. Et tous ces souvenirs, Meudon, ses côteaux, la route de Versailles, Versailles et la caserne, ta chambre avec son balcon, toute la vision de ta nouvelle vie, sont pour moi étroitement liés à ce paysage des bords de la Seine qui nous avait un jour frappé [sic], et j'en garde le souvenir vivace avec l'aide du dessin que tu en as fait. Ce dessin ! c'est mon meilleur souvenir de l'année, et il restera tel pour moi — il évoquera nos causeries, nos promenades et tout cet adorable et paresseux laisser aller de flânerie et de révâsserie qui fut ma vie de tout un an, en votre compagnie, en la tienne, et comme je n'en trouverai sans doute plus jamais, ce doux farniente où je me complaisait [sic], à en oublier parfois les circonstance[s —] et qui fera que je garderai toujours de la guerre un double souvenir, qui, comme une tête de Janus me montrera deux faces, l'une menaçante et horrible, l'autre toute souriante et mélancolique, l'une qui me dira : "Marche !" et l'autre : "Carpe diem". Et dans ce passé souriant et nostalgique, ton image reste à mes côtés, comme celle du rêveur que tu étais, jeune socialiste à idées ! avant que du jour au lendemain la réalité ne se fût dressée devant toi, dans une nudité qui, comme celle d'une femme d'un certain âge, perdait à la crudité du grand jour. Mais je ne veux pas croire que cette vie nouvelle ait pu considérablement te changer. "Abruti !" résumais tu, aux premiers jours, tes impressions de caserne. Je lisais, il n'y a pas encore longtemps, un mot de toi à Vallet où tu te servais à nouveau de ce terme. Oui, je le crois, le service te réduira, car tu as la ferme volonté de le bien faire, à l'état passif de machine, pendant un certain temps, pendant le temps nécessaire. Mais ta vraie nature n'en sera en rien entamée. Tu seras, tu es déjà, j'en suis sûr un bon soldat (même un bon sous-off ?), mais toujours en toi, subsistera comme une veilleuse cette faculté d'imagination qui t'emportait parfois et dont je te plaisantais — mais que j'espère bien maintenant te retrouver un jour, et qui te faisait ériger en système universel les moindres impressions d'une sensibilité vagabonde. Mathématicien poétique ! La belle antithèse ! et que tu la réalisais bien, toi qui de l'enthousiasme où te plongeait la solution élégante d'un problème passait presque sans intermédiaire à la fougue de la discussion philosophique ou même à celle d'un désir plus matériel. Le même intérêt t'attachait à la solution d'une question de géométrie ou à l'énigme de deux beaux yeux entrevus dans la rue. Te souvient-il de cette femme qui avait les yeux verts et profonds, au coin du Boulevard Malheserbes et de la rue Jouffroy et que nous avons perdue Avenue de Villiers ? Et cette belle fille qui méprisait le type en casquette qui l'accompagnait et te glissait des sourires complices, un jour, dans le tramway jaune de Suresnes ? Et d'autres, qui fixaient ton attention pour un détail, un roulement des hanches, une poitrine ferme, une marche souple, l'élancement d'un corps, une lèvre trop rouge ou des yeux trop cernés ? Et ces sœurs dont tu ne parlais qu'avec émotion ? Tout cela n'était qu'enfantillages, soit, mais quels bons enfantillages ! Tout cela est passé, bien passé, fini ! et à le constater, n'y a-t-il pas quelque amertume, comme la sensation d'avoir en peu de temps vieilli plus qu'il n'eut [sic] fallu ? Presqu'au point d'en soupirer : "Ah ! Jeunesse" à dix-huit ans — C'est loin, loin et nous sommes loin aussi l'un de l'autre, avec la nostalgie d'être tous séparés. Tu souris, et tu penses que la nostalgie est une chose bonne pour les gens qui prennent des bains de mer à Étables (Côtes du Nord). Mon vieux, mon bon vieux, tu ignores ton bonheur. Toi tu peux, si tu le veux, t'abrutir, ne pas penser. Et tu sens que tu fais un travail utile vers un but qui t'est cher. Moi je suis condamné à penser et à ronger mon frein. Je ne puis pas m'abrutir. J'ai essayé d'y parvenir par le sport. J'ai réussi une fois, deux fois, mais je n'ai pu prendre le pli. Et toujours la lancinante idée de mon inutilité revient me hanter. Depuis que je suis oisif, c'est une idée fixe, et n'ayant plus d'autre occuppation [sic], je suis possédé de la pensée de la guerre. J'ai sans cesse l'impression à la bouche d'un relent de tabac refroidi, il me semble m'être réveillé d'un beau rêve, j'ai l'amertume de l'inconscience où pendant un an de classes je sens que j'ai vécu, et de cette honte subite est né un grand désir d'agir. Mais on fait ce qu'on peut. Agir ! Il faudrait en avoir la force. Mon pauvre vieux, il n'y a pas de plus grande tristesse que ça, ne pas se sentir la force, être une âme qui voudrait et un corps qui ne peut pas. Cependant, toujours en moi, j'ai l'espérance sourde que cela n'est pas irréparable, qu'avec de l'exercice... mais je n'ai pas la force de volonté pour prendre cet exercice là moi-même. Alors, s'il faut m'y obliger, le régiment ! Oh ! oui, le régiment, je le veux ! Et je fais tout ce que mes forces peuvent pour cela. Mais que peuvent-elles vraiment quand elles ne trouvent d'autre obstacle qu'une muette désolation et les pleurs d'une mère que l'on aime et que l'on sait malade assez pour avoir une attaque ? L'effroyable courage qu'il faut avoir pour déchirer ceux que l'on aime et peut-être irréparablement ! Mon vieux, mon vieux, si cela était fait, quel soulagement de pouvoir s'abrutir à la caserne, comme une brute, quel bonheur d'être de corvée ! Faire des travaux grossiers ! être une machine ! s'abrutir ! Je n'eus [sic] jamais cru souhaiter cela un jour. Je bavarde, et ma bougie s'est entièrement brûlée, la flamme est pour l'instant à l'intérieur du bougeoir. Je m'aperçois que j'ai noirci bien du papier, et si tu as lu mon épître en entier, j'ai dû bien t'ennuyer. Je ne sais pas trop ce que j'ai dit, et je ne veux pas le savoir. Je ne me relirai pas. Aussi tant pis s'il y a des fautes d'orthographe ! Tu feras semblant de ne pas les voir, et de ne pas baîller [sic]. Il est une heure indûe [sic]. Je te quitte : je t'envoie ma missive rue Jouffroy d'où on te la fera suivre, car j'ai peur de me tromper dans tes numéros. En réponse à ma lettre, et pour m'en accuser réception, tu me ferais plaisir si (je ne te demande pas de m'écrire) tu m'envoyais simplement ton adresse exacte sur une carte, sans plus, car je sais bien que tu n'as pas de temps à toi. Tes quelques loisirs te permettent cependant, j'espère, de lire ? Je regrette de n'avoir pu avant mon départ te revoir et t'apporter les bouquins que je t'avais promis. Je t'indique en passant, si tu as le temps, les titres de deux bouquins de Paul Hervieu de la collection à 0f,95cm : "L'Armature" et "Peints par eux-mêmes" qui sont très remarquables. Bien cordialement à toi, ton vieil ami qui pense bien souvent à toi dans son trou de Bretagne quoiqu'il ne te l'écrive pas souvent. Louis Aragon » Pierre Maison, né le 3 septembre 1897, avait devancé l'appel. À l'époque de la rédaction de cette lettre, il effectuait ses classes à Versailles dans un régiment d'artillerie. Jacques Tréfouël, autre ami de jeunesse d'Aragon, devint directeur de l'Institut Pasteur. Michel Apel-Muller ignorait si Boisard avait été condisciple ou professeur d'Aragon. Sur Alexandre, Coutrot et Vallet, il renvoie au dossier « Aragon et Robert Alexandre », présenté par Agnès Alexandre-Collier et Hervé Bismuth, publié depuis dans le numéro 15 de « Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet ». Sur Etevenon et Guéret, Apel-Muller écrivait ne rien savoir. La « mère » dont Aragon évoque les pleurs et la muette désolation, Claire Toucas, était en réalité sa grand-mère. Mouillure ayant entraîné des trous avec atteinte au texte sur les deuxième, troisième et quatrième pages du premier bifeuillet. La pliure centrale verticale de ce dernier est fendue. L'encre autour des parties manquantes est délavée. La même mouillure affecte, de façon beaucoup moins marquée, le deuxième bifeuillet, où seules quelques lettres sont délavées. Le troisième est complètement épargné. Nous reconstituons le texte manquant entre crochets dans notre transcription sur la base de celle faite par Michel Apel-Muller dans l'article cité ci-dessus. La transcription de ce dernier n'est toutefois manifestement pas complète, et postérieure aux dommages subis par le document, lesquels semblent anciens. En guise d'exemple, signalons seulement qu'entre « Calvados » et « Coutrot » figurent davantage de mots que le simple « avec » présent dans la transcription d'Apel-Muller. Autrement, papier un peu fatigué sans gravité, traces de pliures et petites taches parfaitement acceptables. Également disponible, sur demande : le manuscrit autographe signé du premier poème connu d'Aragon, daté de 1915, dont cette lettre éclaire les circonstances de la composition (cf. l'article de Michel Apel-Muller dont l'adresse électronique figure au début de cette notice).
3 500,00 €
AUTOGRAPH
Référence : LRB_027Marcel CERDAN
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À ÉDITH PIAFCERDAN (Marcel). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À ÉDITH PIAF. 4 pages (bifeuillet), 17,8 × 13,9 cm. Nous modifions l’orthographe et la ponctuation par endroits afin de gagner en lisibilité. Superbe et rare document, témoignage magnifique de la passion sublime de l’immense couple mythique. (J’ai oublié un qualificatif ?) Cadeau romantique idéal. « Mon petit Piaf, Quelle peine ce matin après avoir lu ta 5e et 6e lettres, pourquoi tu as le cafard. Chérie, ce n’est pas de ma faute, c’est le courrier qui est très long. Et aussi tu doutes de moi, mais Chérie je t’aime autant que toi car aussi quand j’aime c’est du vrai, ce n’est pas pour faire des jaloux ou pour le public. Si j’aime c’est pour moi, ça me fait beaucoup de bien quand ça repart, et je suis peut-être égoïste ce matin mais je suis heureux comme tout de savoir que tu m’aimes et que tu penses à moi, car je t’adore Chérie et je voudrais recevoir tous les jours des lettres de toi, je ne peux pas t’oublier car tu m’as marqué de ton étreinte et je te sens toujours près de moi, la seule chose que je ne voudrais pas c’est que tu m’oublies aussi vite que tu m’as aimé, tu es toujours au contact des beaux garçons et une femme est une femme et il y a des jours qu’on oublie tout, on perd la tête n’est-ce pas Chérie. Au sujet d’Irène il faut en prendre et en laisser. Comme je te le dis dans une lettre il ne faut pas écouter Jo de trop, puis, quand je serai là j’arrangerai ça. Je regrette de t’avoir fait connaître des gens qui ne savent pas se tenir puis tu m’écouteras un peu si tu veux bien, crois-moi Chérie je t’aime et ne pense qu’à toi et tu me fais de la peine quand tu dis que je t’ai oubliée. Tu ne te rends pas compte que tu m’as rendu fou pendant ces jours passés avec toi. J’ai oublié tout avec toi, même pas j’ai acheté de savon à barbe pour me raser. Je devais être dans le cirage et tu oses dire que je t’oublie, non tu exagères tu es sûre de toi et tu voulais le savoir eh bien voilà je suis battu et par K.O. encore mais je t’en prie ne profite pas trop. Ne me fais pas trop souffrir Chérie, sois courageuse, n’aie pas le cafard, pense qu’ici dans ce bled il y a un homme qui ne rêve que de toi et qui pense te serrer dans ses bras très fort bientôt. Travaille bien, ne délaisse pas ton travail, je ne vois pas pourquoi tu te laisses abattre. Donne mes amitiés à Loulou car il me plaît aussi et je voudrais que tu me racontes un peu de tes petites histoires avec les compagnons et avec les autres. Dis-moi comment que ça va avec Jules enfin parle-moi un peu de tout je t’aime. Je t’embrasse très fort. Marcel » Cette lettre semble inédite ; elle ne figure pas dans le volume Moi pour toi de lettres entre Marcel Cerdan et Édith Piaf. Elle date probablement de la fin de l’année 1947 ou du début de l’année 1948, donc du tout début de leur liaison. C’est l’une des premières lettres connues entre eux. Salissures sans grande importance dans la partie supérieure de la première page.
2 500,00 €
AUTOGRAPH
Référence : LRB_028Marie DORVAL
LETTRE AUTOGRAPHE À ALFRED DE VIGNYDORVAL (Marie). LETTRE AUTOGRAPHE À ALFRED DE VIGNY. [Bordeaux, samedi 22 février 1834]. 3 pages, adresse sur la quatrième (« Monsieur / Monsieur Alfred de V. / rue Montaigne n° 18 / Paris »). [Numéro au crayon dans le coin supérieur gauche : 36.] Manque de papier ayant peut-être entraîné la suppression d’une virgule (et vraisemblablement rien d’autre). Très belle lettre de la grande actrice romantique à son amant poète. « Samedi [22 février]. Tiens vois-tu, je viens de déchirer quatre pages en réponse à ta lettre d’aujourd’hui… Elle n’irait pas à un homme aussi raisonnable que toi, un homme à qui l’amour ne ferait pas faire dix lieues. Seulement laisse-moi ne pas t’écrire quand j’ai un chagrin que tu ne peux pas comprendre parce que tu ne le sens pas. Dis-toi que cela passera, et ne crois pas que je joue la comédie et que c’est un froid calcul. Je ne suis pas femme à cela. Quand je crois voir de la froideur dans tes tranquilles lettres, des idées de jalousie viennent me tuer voilà tout. Ne parlons plus de cela jamais. Mon caractère ne peut pas changer. Si un jour je t’aime à mon aise, tu me trouveras plus aimable. Mes nerfs se calmeront beaucoup et mon imagination aussi je t’en réponds. Puisque tu es au mieux avec mon mari demande-lui si je le tourmente. Hier j’ai souffert jusqu’à 4h du matin. Je garde le lit aujourd’hui parce que je suis un peu brisée. Du reste je me porte très bien. Je pars toujours comme je te l’ai écrit. Si tu pouvais venir lundi 3, rue du Mail, tu as le temps ou plutôt moi j’ai celui de recevoir une lettre. Tu as bien raison de ne pas m’embrasser je ne le mérite pas. Écrire à cette bonne Mad[ame] Duchambge je l’ai voulu cent fois sans le pouvoir. J’ai compté sur toi pour l’assurer de mon amitié ; parler du théâtre cela m’est odieux ! Odieux ! Et puis Mad[ame] Duchambge est une femme à qui il faut toujours raconter son cœur, qui ne vous parle jamais du sien, et puis je ne sais pas écrire pour écrire, pour causer, pour raconter. Oh ! Je suis une pauvre femme, je me plaignais ce matin au médecin de mon caractère mauvais ; il m’a répondu que je souffrais horriblement des nerfs. Personne n’a pitié de ce mal-là. » Publication : Correspondance d’Alfred de Vigny. Tome 2. Août 1830 — septembre 1835. Sous la direction de Madeleine Ambrière. Presses universitaires de France, 1991. Lettre 34-12, pages 316-317.
450,00 €
BOOK
Référence : LRB_003Maurice LEBLANC
ARSÈNE LUPIN. GENTLEMAN: CAMBRIOLEUR.LEBLANC (Maurice). ARSÈNE LUPIN. GENTLEMAN: CAMBRIOLEUR. Pierre Lafitte & Cie. [1907]. Broché, 18,5 x 12 cm. 2 feuillets blancs, 1 feuillet (frontispice : recto blanc, portrait photographique de l'auteur au verso), 1 feuillet (faux-titre), 1 feuillet (titre), 1 feuillet (droits de reproduction), 1 feuillet (dédicace à Pierre Lafitte), pages [9]-14 (préface de Jules Claretie), pages [15]-[308] (le texte s’achève page 307, le verso est blanc), 1 feuillet ("Notre concours", recto non numéroté, verso non numéroté 310), 1 feuillet (bon à détacher, verso blanc), 1 feuillet (table des matières, verso blanc), 1 feuillet (publications de l’éditeur, sur deux pages), 1 feuillet (raison sociale de l’éditeur, verso blanc). Édition originale. Petite fente en queue du plat supérieur. Petite tache sur le plat supérieur de couverture, et traces de pliures dans la partie inférieure d’icelui. Petite fente et légères traces de pliures au plat inférieur. Dos passé, de même que, marginalement, le plat inférieur. Petit défaut au dos affectant le titre. Quelques rousseurs en début et en fin de volume. Feuillets des pages 77-78, 79-80, 95-96 et 169-170 assez mal coupés, avec petit manque en coin supérieur de feuillets, sans atteinte au texte. Petite déchirure marginale aux pages 147-148 et 167-168, sans atteinte au texte. Petit défaut marginal aux derniers feuillets. En dépit de cette description sans concession, l’exemplaire reste tout à fait agréable.
800,00 €
BOOK
Référence : LRB_066Maurice O’SULLIVAN [Muiris Ó SÚILLEABHÁIN] (1904-1950)
VINGT ANS DE JEUNESSEMaurice O’SULLIVAN [Muiris Ó SÚILLEABHÁIN] (1904-1950). VINGT ANS DE JEUNESSE. [TWENTY YEARS A GROWING]. Roman traduit de l’anglais par Raymond Queneau. Gallimard, 1936 (achevé d’imprimer du 28 mars 1936). Broché, 18,7 × 12 cm. Collation : 1 feuillet blanc, 1 feuillet (faux-titre, verso blanc), 1 feuillet (titre, verso blanc), 1 feuillet (note du traducteur, verso blanc), pages [9]-252, 1 feuillet (recto : table des matières ; verso : achevé d’imprimer), 1 feuillet blanc. Édition originale française, traduction de Raymond Queneau ; exemplaire du service de presse (pas de grands papiers annoncés) de ce récit autobiographique d’une jeunesse passée dans l’île de grande Blasket (Great Blasket Island ou An Blascaod Mór), d’un grand intérêt pour l’étude de la langue et de la culture irlandaises. (On connaît l’attention portée par Queneau à ces sujets, comme en témoignent les œuvres de Sally Mara.) Envoi de Raymond Queneau sur le feuillet de faux-titre : « À Monsieur Paul […] hommage du traducteur [Signature] » Joint à l’exemplaire : lettre (à la machine, avec signature tapée et signature manuscrite) de Queneau, à en-tête de la librairie Gallimard, Paris, 11 septembre 1959, adressée à Monsieur Gérard Chwat, 44 , rue Condorcet, Paris. « […] C’est l’helléniste anglais George Thomson (qui s’intéressait à la langue irlandaise) qui incita Maurice O’Sullivan à écrire. Je ne crois pas que celui-ci ait publié d’autres livres, j’ignore même s’il est vivant ou mort : l’Histoire des Littératures de l’Encyclopédie de la Pléiade a même été incapable de me renseigner à ce sujet. Quant à ma traduction, elle a été faite d’après la version anglaise de G. THOMSON. (Celui-ci est actuellement professeur de grec à l’Université de Birmingham) […] ». O’Sullivan était mort noyé en 1950. Vingt ans de jeunesse est sa seule œuvre publiée. Elle avait d’abord paru en 1933, en irlandais sous le titre Fiche Blian ag Fás et en anglais sous le titre Twenty Years a-Growing, dans une traduction de Moya Llewelyn Davies et George Thomson — l’helléniste de la lettre de Queneau. Petits défauts à la couverture, tampon violet « S.P » du service de presse dans la partie inférieure du second plat.
150,00 €
AUTOGRAPH
Référence : LRB_035Maurice RAVEL
BROUILLON DE LETTRE AUTOGRAPHE À SON FRÈRERAVEL (Maurice). BROUILLON DE LETTRE AUTOGRAPHE À SON FRÈRE. 1 page. Signé, sous cadre, au dos d’une facture pour des vêtements. 21,5 × 13,5 cm. [Mont-Pèlerin, ca. Mars 1934.] Exceptionnel et bouleversant document, l’un des tout derniers rédigés de sa main par Ravel, vers mars 1934. On y voit l’un des plus grands créateurs artistiques du vingtième siècle réduit à l’impuissance devant la nécessité d’exprimer dans sa langue maternelle le quotidien le plus simple. Il s’agit d’un brouillon de lettre adressée à son frère Édouard, au crayon ; la signature est à l’encre. À la date de rédaction de ce document, les effets de la maladie cérébrale de Ravel sont manifestes et se lisent sur ce brouillon même. Ainsi du mot « petit », qui figure en haut à gauche, probablement à titre d’essai. Il se retrouve au tout début de la lettre, dans l’adresse de Ravel à son frère. À la dernière ligne, toutefois, Ravel commet une faute d’orthographe sur ce même terme appartenant au vocabulaire le plus élémentaire de sa langue maternelle. D’autres éléments — surcharges, ratures... — dans ce document témoignent de la situation dramatique dans laquelle a définitivement sombré Ravel. Publication : Maurice Ravel, Correspondance, écrits et entretiens. Tome II. Édition établie, présentée et annotée par Manuel Cornejo, Gallimard, 2025, page 1977, numéro 2680. Maurice Ravel. Lettres, écrits, entretiens, édition d’ Arbie Orenstein, Harmoniques, Flammarion, 1989, page 281, numéro 334.
5 800,00 €
BOOK
Référence : LRB_008Octave MIRBEAU
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE [À PAUL HERVIEU]MIRBEAU (Octave). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE [À PAUL HERVIEU]. 1 page sur un bifeuillet de papier bleuté à en-tête imprimé « 3 boulevard Delessert », 18 × 13,5 cm. Remarquable lettre écrite en pleine Affaire Dreyfus. « [Paris, 21 février 1898] Cher ami, Vous n’avez pas à être touché de ces mots stupides sur vous. Hélas, depuis cette affaire, je ne puis plus rien faire ; je ne pourrais écrire que là-dessus, et je n’en ai pas le moyen. Aujourd’hui, à la sortie, nous avons été fortement hués et poursuivis. C’était admirable ! Mercredi je serai encore au procès. Pour le dernier jour, je ne puis abandonner cet admirable Zola. Ah ! J’aurais voulu que vous fussiez là, vendredi et samedi ! Ç’a été une chose que vous ne pouvez concevoir. Et vos yeux de voyant eussent vu le crime ! Le crime de Pellieux et de Boisdeffre ! Aussi visiblement que vous me voyez quand je suis devant vous. Ce sont de bien grands bandits. Et cet Esterhazy ! Ah ! Lui du moins, c’est un gredin magnifique ! Je vous embrasse bien tendrement. Octave Mirbeau » Cette lettre est restée inédite jusqu’en 2017, lors de la parution d’un article de Pierre Michel : « Lettres inédites d’Octave Mirbeau à Paul Hervieu », dans les « Cahiers Octave Mirbeau », n° 24, 2017, pages 163-207. Cette lettre y figure sous le numéro 51. C’est cet article qui nous permet d’apporter les précisions suivantes : — « [c]es mots stupides sur vous » : allusion à un article paru dans le Journal du 20 février. — Zola se trouve en procès depuis le 7 février et Mirbeau, qui l’accompagne chaque jour, lui tient parfois lieu de garde du corps. — « [j]e n’en ai pas le moyen » : « Les colonnes du Journal lui seraient fermées s’il y développait des analyses dreyfusardes » (Pierre Michel, article cité). — « à la sortie » : à la sortie du tribunal, où le procès de Zola s’est tenu du 7 au 23 février 1898. — « Mercredi » désigne le 23 février — il s’agit bien du dernier jour du procès de Zola.
600,00 €
MANUSCRIPT
Référence : LRB_021Pascal PIA
CREIXAMS. MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ (« Pascal Pia »)PIA (Pascal). CREIXAMS. MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ (« Pascal Pia »). Daté « Paris, 1er novembre 1925 » (ou 1929 ?). 2 pages (numérotées dans le coin supérieur gauche) au recto de deux feuillets, 26,9 × 21 cm environ (un bord du second feuillet irrégulier). Quelques ratures et corrections. Beau texte consacré à l’artiste espagnol, qui a notamment illustré À une courtisane. Les documents manuscrits de Pascal Pia de cette époque sont rares. Celui-ci se rapporte à l’un des personnages dont il fut le plus proche dans sa jeunesse. On peut noter l’apparition, dans ce texte aux échos personnels (comme souvent chez Pia), de l’expression « condition humaine », que son ami et complice André Malraux utilisera quelques années plus tard. « Le nom de Creixams est devenu maintenant familier aux amis de la peinture, ce nom autour duquel se formera demain sans doute une légende. Il y a gros à parier, en effet, qu’on ne manquera pas de raconter un jour la destinée snigulière de Creixams. Au milieu des derniers vestiges d’un village perdu et tout à côté d’un minuscule cimetière en jachère, Creixams a momentanément élu domicile, et nul doute à mes deux que le séjour qu’il fait dans l’ombre dense du Sacré-Cœur, parmi des personnages empruntés à une comédie de désespoir, ne l’incite à préciser le caractère que je crois découvrir dans nombre de ses toiles. Les anges de la misère, qui comptent dans leur compagnie de bons et de mauvais anges, Vincent de Paul ou Jack l’Éventreur, mais qui ne sont pas toujours si empressés auprès des victimes qu’on leur confie, durent néanmoins veiller sur Creixams. On sait qu’il fit les métiers les plus divers et qu’il prit le pinceau il y a environ quatre ans seulement. Aussi n’est-[il] rien dans ses toiles qui rappelle la rhétorique des Beaux-Arts, et pour ma part j’y veux voir surtout deux traits dominants : l’obsession de la misère et l’obsession de la volupté. Il est à remarquer que les compositions de Creixams sont parmi les plus pures qui soient, et j’entends, par pureté, une certaine beauté formelle encore assez rapprochée de la nature, à qui l’artiste emprunte en les accentuant les éléments ou les motifs qu’il a choisis pour ses compositions. J’imagine qu’un spectateur attiré par les modelés profonds et souples d’un Cranach, par exemple, doit éprouver également le charme que dégagent les figures de Creixams. Je l’ai vu peindre, comme avec des caresses, des nus ou des visages capables de donner l’impression vive de la chair, la présence et la mobilité infinie d’un corps tiède et ce frémissement qu’on voit à certains marbres. Je connais peu de toiles, parmi la peinture moderne, qui traduisent la volupté d’une manière aussi intense et qui soient, comme celles que j’ai dites, germaines d’un érotisme naturel et délicat. J’ai écrit l’obsession de la volupté et l’obsession de la misère ; or, pour ce qui est du spectacle de la misère, il est assez souvent rendu par Creixams sans aucun affectation. On peut dire que si une moitié de sa peinture ressortit à l’amour, l’autre moitié le fait à l’aventure. Les chemineaux, les saltimbanques, les enfants dépravés et tristes de Monjuich [sic pour Montjuïc] ou de la Chapelle, je ne crois pas qu’on ait été souvent plus proche d’eux. Je retrouve autour de leurs yeux ce cerne que les privations et les veilles y ont mis, et les voici, présentés sans artifice, mes camarades d’école, mes amis de la rue, en quête d’une vie difficile et précaire. Ce sentiment un peu noir de la condition humaine et de l’inquiétude qu’elle implique, et dont il faut évidemment chercher l’origine dans l’enfance misérable de Creixams, je ne peux m’empêcher de le retrouver encore dans ceux de ses paysages que je préfère, où le ciel a gardé le lavis terne et humide des ciels parisiens, de la banlieue et des fortifications, paysages de la rue de la Borne et de la rue du Chevalier de la Barre dont les bâtisses vétustes vont chanceler sous les derniers coups des démolisseurs. Mais je m’aperçois que j’ai évoqué un Creixams attristé et je crains que l’amateur non prévenu ne s’y trompe. Creixams est aussi loin de la tristesse que de la révolte, puisqu’aussi bien celle-ci accompagne d’ordinaire celle-là. Son tempérament est trop complexe pour que je puisse espérer en donner une idée juste dans les dimensions d’une page, mais je sais bien que la puissance n’est pas ici exempte d’une mélancolie foncière qui est le propre des meilleurs esprits et à laquelle il est quelquefois délicieux de s’abandonner. » Trous de classeur ayant entraîné de petites pertes d’encre à quelques lettres, traces de pliures et de manipulations anciennes (papier un peu fatigué), petite fente à une pliure, trace d’un trombone rouillé n’affectant pas le texte.
600,00 €
AUTOGRAPH
Référence : LRB_022Pascal PIA
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE (« P. P. ») À JEAN PAULHANPIA (Pascal). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE (« P. P. ») À JEAN PAULHAN. 18 juillet 1966. 4 pages, 20,8 × 13,4 cm environ. Très belle lettre, au contenu parfois très personnel, que Pia qualifie de « confidences » et qu’il prie Paulhan de « garder pour [lui] ». « Cher Jean, J’ai trouvé tes deux lettres en rentrant cet après-midi à Paris. J’ai fait aussitôt le nécessaire auprès d’Erval et de Nadeau pour que le prochain n° de la quinzaine contienne tes précisions sur les complicités vestimentaires de F. F. (Quel dommage que je n’aie pas su cela plus tôt ! — Je n’ai reçu qu’aujourd’hui ton édition des “œuvres” de F. Je m’étais débrouillé en allant à la Bibl. Nat. Merci tout de même.) Je n’osais pas te demander des nouvelles de Germaine. La dernière fois que je l’ai vue, je crois que Suzanne m’accompagnait, j’ai eu l’impression que la visite des vieux amis que nous étions lui était peut-être pénible (je veux dire douloureuse). C’est une des raisons qui nous ont fait hésiter à revenir rue des Arènes. Et puis, accablé de besognes journalistiques, j’ai peu à peu cessé de voir d’autres gens, que les importuns qu’il me fallait subir tous les jours. Après quoi, la lassitude est venue, les ennuis de santé aussi, et je me suis mis en veilleuse. Ce n’est pas que je tienne à durer, oh non, mais si je disparais, Suzanne, à 63 ans, sera quasi sans ressources, et cela je ne me le pardonne pas. Colette s’est mariée, a divorcé, s’est remariée. De son premier mariage, elle a eu une petite fille, que Suzanne a élevée jusqu’à 6 ans et qui aura 8 ans à la fin de l’année : c’est Sophie, — elle est en ce moment chez nous — jusqu’à la fin du mois. Du second mariage, une seconde fille, Justine, un bébé d’environ dix mois. Le gendre actuel est un vague journaliste de radio (radio pour les nègres d’Afrique) que Colette a connu dans une agence de presse où elle travaillait il y a deux ou trois ans. Ne t’exagère pas mon rôle au journal du Parlement. J’y passe exactement 6 hres par semaine : 3 hres le mardi après-midi et 3 hres le jeudi après-midi. Encore n’y vais-je pas quand le jeudi est un jour férié, comme le 14 juillet. Mon nom figure dans la manchette parce qu’ap[rè]s le décès des deux patrons, [Berlon ?] et [Sarrus ?], je me trouvais être le plus ancien et le plus âgé des rédacteurs. Le nouveau directeur, un peu jeune dans le métier, m’a demandé comme un service d’accepter le titre qu’il m’offrait. Mon nom, paraît-il, a la vertu de décourager les tentatives de chantage des ministres de l’Intérieur. Ce ne doit pas être tout à fait vrai, mais ce qui est vrai, c’est qu’en dépit de la liberté d’expression que s’arrogent les collaborateurs du JP, le journal n’a pas été poursuivi en justice sur plainte de tel ou tel ministre. (Je ne pense pas que Malraux soit intervenu pour obtenir cela. Je n’ai plus eu l’occasion de le rencontrer depuis 1953. Une fois, en 1960, je lui ai demandé, par lettre, un renseignement banal sur le fonctionnement de la Caisse des Lettres : il s’agissait de savoir ce qui pouvait être fait pour la veuve de Louis de Gonzague Frick. Il ne m’a pas répondu (j’ai eu néanmoins le renseignement désiré : un journaliste l’a obtenu, devant moi, en moins de cinq minutes, en téléphonant à un fonctionnaire de la Caisse des Lettres. C’est te dire qu’il ne s’agissait pas d’un secret d’État.) Excuse ces bavardages. Il m’a semblé que tu attendais de moi quelques confidences. Tu les as. Garde-les pour toi, n’est-ce pas ? Je ne souhaite pas retenir l’attention, ni susciter la compassion. Tibi. »
450,00 €
AUTOGRAPH
Référence : LRB_036Paul VERLAINE
POÈME AUTOGRAPHE SIGNÉVERLAINE (Paul). POÈME AUTOGRAPHE SIGNÉ. Quatre pages sur deux feuillets, 19 × 12 cm (bords irréguliers). Très beau manuscrit de travail, complet, signé, de plus de cent vers, du poème « Bon pauvre, ton vêtement est léger », paru dans le recueil Bonheur, édité par Vanier en 1891. Nombreuses ratures — dont une dizaine de vers rayés — et corrections. Le texte définitif de ce poème est bien connu, mais l’édition de la Pléiade ne semble pas signaler l’existence de ce manuscrit. Le poème ne porte pas de titre, seulement un numéro : « VIII », qui remplace « X », barré — dans le recueil, il s’agit du neuvième poème. Dans le coin supérieur droit du recto du premier feuillet, de la main de Verlaine : « Bonheur ». Les vers sont numérotés de 1 à 100, avec des erreurs, mais le total est juste — sans compter les jolies parties raturées.
4 500,00 €
BOOK
Référence : LRB_058[Reliure de Paul BONET] Émile ZOLA
LA BÊTE HUMAINE[Paul BONET] Émile ZOLA. LA BÊTE HUMAINE. Bois de Géo Dupuis. Mornay, 1924. Demi-maroquin vert foncé à coins rectangulaires de même maroquin, bandes horizontales en maroquin vert-bleuté et rouge sur les plats se prolongeant sur le dos, dos lisse orné du nom de l’auteur et du titre en lettres capitales dorées réparties sur les bandes débordant des plats, tête dorée, autres tranches non rognées. Plats et dos de couverture conservés. [Reliure signée de Paul Bonet.] Dimensions des feuillets (non rognés en gouttière et en queue, donc de dimensions inégales) : 19,7 × 14,5 cm environ. Exemplaire en demi-reliure de Paul Bonet. Ces reliures datant du début de la carrière de Bonet sont recherchées. Une partie d’entre elles ont été réalisées pour sa bibliothèque personnelle. Dans ses Carnets (Librairie Auguste Blaizot, 1981), premier paragraphe 133 B, Bonet écrit à propos de ses demi-reliures : « Indépendamment de celles que j’ai mentionnées, j’ai, de 1926 à 1930, fait de nombreuses demi-reliures, pour moi d’abord, surtout sur des livres de la collection Mornay (tous vendus à ma vente en 1933) puis pour Mr Scherrer — les mêmes d’abord, après sur les volumes de la collection classique de “la Cité des livres” (séries) et aussi sur des exemplaires de collections plus importantes (Émile-Paul, etc.). Enfin j’en ai fait sur des éditions originales pour le Vte de Dampierre (ventes 1930 et 31) et quelques autres clients. » Le décor de cette reliure s’inspire peut-être de l’apparence des voies de chemin de fer apparaissant dans l’ouvrage de Zola, en accord avec la conception de la reliure selon Bonet : « Le décor d’une reliure doit être une synthèse décorative du livre, se tenir à la limite de l’abstrait et du concret, prendre au premier ce qu’il a de hautement spirituel, mais en le tempérant de concret, afin d’éviter l’impersonnel ; faire en sorte qu’une reliure tente d’exprimer l’âme du livre sans tomber dans un pittoresque vulgaire, en concordance avec les nouvelles tendances picturales » (Henri Clouzot, “Paul Bonet, architecte de la reliure”, dans Mobilier et décoration : revue française des arts décoratifs appliqués, Éditions Edmond Honoré, janvier 1933, pages 66-72). De plus, très joli titrage au dos, fort original. Collation : 1 feuillet (recto : faux-titre ; verso : « Exemplaire sur papier de Rives / N° 918 »), 1 feuillet (recto blanc, frontispice au verso, sous serpente), 1 feuillet (titre ; verso blanc), 461 pages (la page 460 est la dernière chiffrée), verso blanc, 1 feuillet (justification verso blanc). Le dos et le bord des plats ont été admirablement reteintés. Un minuscule morceau de maroquin a été ajouté pour restaurer un manque.
1 900,00 €
BOOK
Référence : LRB_010Victor HUGO
POÈME AUTOGRAPHE SIGNÉHUGO (Victor). POÈME AUTOGRAPHE SIGNÉ. 1 page, 21,1 × 13 cm. Belle copie autographe signée de « la Tombe dit à la rose », trente-et-unième (et pénultième) poème des Voix intérieures. Il y est daté de juin 1837. « La tombe dit à la rose : — Des pleurs dont l’aube t’arrose Que fais-tu, fleur des amours ? La rose dit à la tombe : — Que fais-tu de ce qui tombe Dans ton gouffre ouvert toujours ? La rose dit : — Tombeau sombre, De ces pleurs je fais dans l’ombre Un parfum d’ambre et de miel. La tombe dit : — Fleur plaintive, De chaque âme qui m’arrive, Je fais un ange du ciel. Victor Hugo » Encre légèrement pâlie. Pâles rousseurs et légères traces de manipulations. (La photo accentue fortement tout cela.)
5 800,00 €
BOOK
Référence : LRB_063Victor HUGO (1802-1885)
ODES ET BALLADES. [Avec :] LES ORIENTALES. [Reliures de Simier]Victor HUGO (1802-1885). ODES ET BALLADES. [Avec :] LES ORIENTALES. Trois volumes (détails et collations ci-dessous) reliés uniformément : veau cerise, encadrement de triples filets dorés sur les plats, fleurons dorés aux angles, dos à quatre nerfs orné, tranches dorées. Dimensions des feuillets : 20,7 × 12,5 cm environ. Signature en queue du dos du premier volume : Simier R. Du Roi. Dos légèrement passés, quelques légers frottements avec petits manques de cuir. Très agréable ensemble dans une belle reliure de Simier. Il s’agit de la quatrième édition d’Odes et ballades pour les deux premiers volumes (Éric Bertin, Chronologie des livres de Victor Hugo imprimés en France entre 1819 et 1851, librairie Jérôme Doucet, 2013, numéro 29) et de la cinquième édition des Orientales, parue juste après la première afin de lancer une édition collective (Bertin, op. cit., 34). Détails des volumes : 1. ODES ET BALLADES. Par Victor Hugo. Quatrième édition, augmentée de l’ode À la colonne et de dix pièces nouvelles. Tome I. — Odes. Paris, Hector Bossange, 1828. Collation : 1 feuillet (recto : faux-titre ; verso : liste d’ouvrages « Chez le même libraire », nom et adresse de l’imprimeur, J. Tastu), 1 feuillet (recto blanc, gravure « Ode à la Colonne » au verso), 1 feuillet (titre au nom d’Hector Bossange et à la date de 1828, verso blanc), pages [i]-vii (préface), page [viii] (« Pièces inédites ajoutées à cette édition »), pages [ix]-xii (préface), pages [xiii]-xxx (préface), pages [xxxi]-xl (préface), 1 feuillet (« ODES. » avec « T. I. 5e ÉDIT. » comme mention d’édition dans la signature, à la différence de toutes les autres présentes dans le volume, verso blanc), 1 feuillet (« Livre premier », verso blanc), 1 feuillet (dédicace à Soumet, verso blanc), pages [7]-320 (les deux dernières pages constituant la table du tome premier). 2. ODES ET BALLADES. Par Victor Hugo. Quatrième édition, augmentée de l’ode À la colonne et de dix pièces nouvelles. Tome II. — Odes. — Ballades. Paris, Hector Bossange, 1828. Collation : 1 feuillet (recto : faux-titre ; verso : liste d’ouvrages « Chez le même libraire », nom et adresse de l’imprimeur, J. Tastu), 1 feuillet (recto blanc, gravure « la Ronde du sabbat » au verso), 1 feuillet (titre au nom d’Hector Bossange et à la date de 1828, verso blanc), 1 feuillet (« Odes. », verso blanc), 1 feuillet (« Livre quatrième », verso blanc), 1 feuillet (« Le Poète », verso blanc), pages [7]-[472]. 3. LES ORIENTALES, par Victor Hugo. Cinquième édition. Tome III. Paris, chez Charles Gosselin ; chez Hector Bossange, 1829. Collation : 1 feuillet (faux-titre « Œuvres de Victor Hugo. », verso portant l’adresse de l’imprimeur Paul Renouard), 1 feuillet (recto blanc, gravure « Clair de lune » au verso), 1 feuillet (titre, verso blanc), pages [i]-xi, verso blanc, 1 feuillet (« LES ORIENTALES. », verso blanc), pages [3]-424 (les deux dernières pages constituant la table). Bertin, page 24 : « Charles Gosselin fit paraître l’éd. cinquième des Orientales immédiatement après l’éd. première afin de lancer sans tarder une première édition collective. » Bertin, page 76, numéro 34 : « Ce vol. fait partie de la 1re éd. collective. » Ex-libris « Comtesse de Vaudreuil / Gouvernement du Louvre » sur les trois volumes. Sur le premier volume, étiquette « Galerie de Bossange père » et ex-libris moderne sur une garde.
1 200,00 €








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